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06/02/12-Djibouti : Réactions du PRIDE et ceux d’un lecteur sur la publication de J.L. Schaal faisant le constat d’échec de l’opposition au régime à Djibouti

L’article en question de l’auteur Qunxa Daabalo, est au pied de celui du Secrétaire Générale du PRIDE.

Chers compatriotes djiboutiens(nes), 

Au-delà des messagers, je noterai d’emblée que l’analyse de J. L. Schaal et notre compatriote Qunxa Daabalo sont aussi pertinentes l’une que l’autre et méritent la réflexion de tous.

Noël Malick Seck disait récemment :”" Attendre que ça change à Paris en espérant que mécaniquement ça changera chez nous, cela revient à accepter que nous ne sommes de fait que des sous-préfectures française ou occidentale.”", c’est justement l’état d’esprit critique affligeant, par rapport à la politique ravageuse, humiliante et inhumaine menée en Afrique, d’un quinquennat, de loin le pire de la 5ème République française, si ce n’est les applaudissements et félicitations de certains. 

À ce titre, sans nul doute le temps rétablira un jour la vérité et nos écrits seront là pour en témoigner : Du meurtre imaginaire d’une française au Kenya par les Shababes, afin de justifier l’invasion militaire  de la Somalie, au vol de l’élection en Côte d’Ivoire ainsi que le viol des institutions et le coup d’État, sans parler de la déstabilisation de ce pays depuis la 1ère élection du Président Laurent Gbagbo, les massacres d’ivoiriens au nom d’intérêts qui les dépassent et enfin le chaos actuel et le génocide libyen que certains de nos compatriotes ont même osé applaudir, se réjouissant de l’assassinat du leadeur libyen et le massacre aveugle de son peuple.

Pour connaître un pays, il faut aussi en visiter les égouts. Les déchets humains qu’on y rencontre sont produits par le pays, voir comment on les traite renseigne énormément sur l’idée et l’image que nous nous faisons de nous même. Il est valorisant aujourd’hui de penser que nous valons assez, pour que nos idées fassent leurs chemins et les dirigeants du PRIDE sont fières d’avoir été à la hauteur de leurs convictions, lorsqu’il le fallait, kit à aller contre les courants. Notre vision politique s’est glissée au delà des frontières de notre petit pays de la Corne, n’a jamais été et ne sera de la trempe des esprits vils, ni de cette mentalité coloniale qui se doit de s’écraser devant l’injustice et la barbarie afin de s’attirer une quelconque grâce, dans un dessein politique digne d’un esclavage psychique d’un autre ère.

Selon les économistes Nelson Barbosa et José Antonio de Souza, l’administration Lula du Brésil a réussi, en une décennie, à occuper une place de premier plan dans le monde, grâce à une politique libérale et une stratégie bien centrées sur leurs besoins, un modèle de développement économique auto-centré, piloté par l’État, visant à stimuler le marché intérieur et à favoriser l’inclusion sociale. Qu’est ce qui nous empêcherait d’en faire de même, en évitant les recettes inadaptées et obsolètes ? - Pour cela, il nous faudrait peut être d’abord, une union constructive à ”toute épreuve”, hors de toute influence, choix et ingérences étrangères.
Nous tenons aussi comme tout citoyen de ce monde, de façon particulière au respect de certaines valeurs de notre société : le travail bien fait, l’intégrité, le stoïcisme, le sens de la responsabilité, l’amour de la patrie, la justice, l’équité, la démocratie, la solidarité avec nos semblables et nos engagements envers la société des Nations. L’impossible n’est pas dans les mœurs de la volonté.

La politique ne doit pas seulement être une affaire de professionnels, il y a une réflexion de fond à mener sur le sens du devoir patriotique et le militantisme politique par tous, surtout au sein de l’opposition djiboutienne. Le sage dit : ”" Celui qui écoute, c’est celui qui entend ce qui est dit, mais celui qui aime écouter, c’estlui qui fait ce qui est dit.”", ça fait 4 ans que les dirigeants du PRIDE, n’ont de cesse établi et répété les constats ici-bas de notre compatriote Qunxa Daabalo et ceux en commentaire de J. L. Schaal.
Un défaitisme à la source de l’immobilisme politique à Djibouti, sans que pour autant nous puissions en résoudre l’équation vers cette solidarité qui nous fait tant défaut. 

Or, c’est bel et bien, à cause de décennies d’une gestion irresponsable et malhonnête des affaires de l’état, ou la corruption, la fraude et le pillage se sont donnés des airs légaux, par des hommes qui ne furent tout ce temps préoccupés, que par leur satisfaction narcissique de l’exercice du pouvoir, que nous sommes face aujourd’hui à un tel choix cornélien, bien malgré nous, sans que pour autant, en 35 ans, nous ayons su, nous élever ou démontrer une quelconque mesure intellectuelle de l’époque que nous vivons, à la hauteur des défis du temps.
Le dialogue de bonne foie et la concertation soutenue afin de confronter nos idées politiques, nos théories économiques et une réflexion sociale de fond, continuent à nous manquer terriblement et par conséquent, jamais serons-nous un jour à la mesure des enjeux, et encore moins en symbiose avec la volonté et les revendications d’un peuple que certains ambitionnent diriger et gouverner, si nous ne recalculons pas la matrice et réajustons pas de cape urgemment.

“” Changer le monde sans prendre le pouvoir “”, suggérait John Holloway dans un livre paru en 2002.
Les indicateurs sociaux de Djibouti nous classent au 165e rang parmi 187 pays sur l’indice du développement humain du PNUD. Malgré un soi-disant progrès réalisé récemment en matière d’élargissement de l’accès au système d’éducation, Djibouti n’est toujours pas en mesure d’atteindre les Objectifs de développement pour le Millénaire. Le taux d’analphabétisme est extrêmement élevé, particulièrement pour les femmes (85%). Environ 50% des enfants ne fréquentent toujours pas l’école, et plus de 20% des enfants scolarisés ne terminent pas les six années du primaire.
Lorsqu’on ne maîtrise pas son espace, on ne peut le transformer et pour rompre avec 35 ans de pouvoir confisqué, il ne suffit pas de songer qu’à le prendre ou à y participer, il convient de se doter de moyens d’offrir à toute djiboutienne et djiboutien une alternative et pas juste une alternance. Il nous faut rassurer sur cette dernière de part notre vision et établir en toute transparence un consensus entre ceux autoproclamés opposants ainsi que les représentants de la société civile et surtout ceux de nos compatriotes, jeunes et moins jeunes, qui ont enfin décidé de s’impliquer dans ce processus citoyens au sein de la structure de la CCCN “ Comité deCitoyens(nes) pour le Consensus National “, qui est entrain de prendre forme.
En passant, ces derniers jours, depuis le lancement de cette initiative citoyenne de la formation du CCCN, sortie tout droit de nos concertations avec les militants, l’habituelle cacophonie des entrevues audios des uns et des autres, bas son plein sur la toile. Les opportunistes par tradition souhaitent en détourner la raison et le crédit, toujours inspirés par le même ego, sauf que cette fois, ça sera au peuple de décider et non à un groupe d’intérêts ou un autre.

Chers compatriotes, nous nous trouvons à une époque charnière entre deux mondes avec trop d’électricité dans l’air et pas assez dans les maisons, trop de marres nauséabondes à chaque goutte de pluies dans les ruelles exiguës datant de l’époque coloniale et pas assez aux robinets, trop de richesses consacrées à la seule corruption et pas assez dans les assiettes et l’avenir du pays, trop de laxismes et gratuités aux maffieux et rien pour le peuple, l’abondance dans la facilité du favoritisme à une infime minorité et trop de chômeurs affamés et désorientés, le constat est catastrophique toute proportion gardée et il nous faut y mettre un terme.
C’est pourquoi, tout en préservant l’unité de la nation, les conditions du progrès, la restauration d’un État fort et respecté, nous soutiendrons au PRIDE, tout rétablissement de l’ordre et de l’autorité de la puissance publique, “BY ANY MEAN NECESSARY”.
On agira avec détermination pour contribuer à l’expression libre de la volonté souveraine de notre peuple liée par une véritable communauté de destin, pour cela, la refonte du système comme l’organisation d’élections transparentes, équitables, sans fraude et dans la paix, dans les plus brefs délais, en seront les conditions sine qua none.

Pour terminer, j’affirme et je signe au nom de mon parti et nos membres ; le refus du dialogue quel qu’il soit, comme la recherche du consensus et tout débat démocratique au sein d’une opposition bercer par ses accoutumances, loin de toutes convictions politiques, est un aveu de l’absence d’un projet et une vision nationale.Prétendre représenter un peuple, sans que les décisions qu’on prendra ne soient au préalable discutées ou du moins présentées aux djiboutiens(nes), ne peut forcement être que, dans la continuité du régime actuel.
Les faux amis du peuple peuvent être bien plus dangereux que ses ennemis déclarés, le détournant des vrais problèmes qui l’affecte et des luttes nécessaires pour sauvegarder ses intérêts, pour nous, au PRIDE, ce comportement n’est pas acceptable ni une option responsable et encore moins rassurante pour tout citoyen de ce pays et on fera tout ce qui est en notre pouvoir avec la Grâce du Seigneur, de mettre à nu ces agendas.

“A wise man can play the part of a clown, but a clown can’t play the part of a wise man.” – Malcolm X

Cordialement,
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Par le PRIDE : Parti Républicain pour l’Innovation Démocratique et l’Écologie
– Le SG : Bourhan Bey (Abou Amin)

Article de Qunxa Daabalo, en réponse à celui de J. L. Schaal en commentaire ici-bas.

Bonjour,

Je ne peux rester indifférent à la réaction franche et directe de Monsieur Jean-Loup Schaal sur l’attitude adoptée par l’opposition djiboutienne depuis 35 ans. Je suis heureux que vous preniez la plume pour dénoncer cet état de fait que le commun des mortels n’arrive pas à comprendre. Je suis un peu gêné que ce soit vous qui décidiez de jeter le pavé dans la marre alors que cette tâche ingrate reviendrait naturellement à l’opposition djiboutienne. Ceci étant dit, leur mutisme ne m’étonne plus.

Même votre réaction ne semble guère susciter un quelconque sursaut d’orgueil de la part des dirigeants des partis d’opposition. Ce qui montre bien leur totale incapacité de faire une auto-critique et se placer sérieusement en position d’alternative au dictateur.

Pourquoi l’opposition n’arrive-t-elle pas à parler d’une seule voix ? Cette question, on l’a posée à certains partis politiques. Seule l’Ard, ancien allié de l’UAD, avait pris l’initiative de rebattre les cartes politiques sur table de façon ouverte, franche et démocratique. Résultat : aucun parti traditionnel de l’opposition, à part Uguta-Toosa et quelques mouvements démocrates indépendants (PRIDE, personnalités issues de la société civile), n’a répondu à cet appel à constitution d’un nouveau cadre unitaire d’action politique ouvert à toutes les organisations démocratiques du pays.

Ces partis, pour la majorité d’entre eux, sont réfractaires à la critique. Cela s’explique pour, d’une part; au leadership fortement marqué par l’intuitu personæ du chef du parti, où ce dernier est confondu avec l’appareil du parti géré comme un patrimoine personnel. Les militants, pas tous, adhèrent aux partis non pas en fonction de leurs convictions politiques, mais en fonction des considérations tribales ou ethniques. Les partis politiques d’opposition ou du régime sont étiquetés. Dans le subconscient djiboutien, qu’il soit intellectuel ou citoyen lambda, seule l’origine ethnique ou tribale du chef emporte son adhésion au parti. En général, les partis politiques n’arrivent pas à transcender les clivages politiques et tribaux. C’est un fait !

D’autre part, il n’y a à ce jour aucun responsable politique issu des partis d’opposition qui fait la passerelle entre les différentes communautés du pays. Ce trait d’union d’ordre linguistique et culturel fait défaut à beaucoup des dirigeants politiques. La communauté afare opposée à ce régime dans son ensemble ne se reconnait pas en la personne de DAF, IGH, Aden Robleh, pas plus qu’elle ne se reconnait d’ailleurs en la personne de IOG, parce qu’ils ne parlent pas la langue afare, ne connaissent rien de leurs difficultés quotidiennes, de leur culture et de leur région. L’inverse est aussi vrai : le communauté somalie ou arabe ne s’identifie pas dans les partis d’opposition qui ont à leurs têtes des dirigeants issus de la communauté afare. Cette défiance communautaire fait le lit de la dictature et ceci explique pourquoi ce système mafieux fondé sur le tribalisme perdure depuis 35 ans.

L’Ard est le seul parti d’opposition qui transcende aujourd’hui les considérations ethniques de part son histoire et sa composition. Histoire parce qu’elle hérite des actions entreprises du seul homme politique national dans lequel la majorité des djiboutiens se reconnaissent, Ahmed Dini (GG). Composition parce qu’elle est constituée des cadres issus de toutes les communautés djiboutiennes. Cependant, pour conforter davantage son assise et sa légitimité sur le plan national, elle doit faire montre plus d’ouverture en portant par exemple à sa tête un membre issu de la communauté somalie ou arabe. Une telle attitude donnera au parti un gage de crédibilité et de respectabilité aux yeux de tous les djiboutiens, sans distinction d’origine tribale ou ethnique.

Comment adhérer à des partis politiques incapables de se ranger derrière 1 homme ou 1 femme, 1 programme, 1 voix, 1 peuple ? Comment adhérer à des partis politiques qui n’arrivent même pas à transcender leurs clivages tribaux et régionaux ?

Le jour où on aura résolu cette équation, la solution pour évincer la dictature hors du paysage politique viendra d’elle-même. Les Djiboutiens, moi y compris, adhéreront en masse, et aux idées et aux partis d’opposition démocratiques, le jour où ils mettront de côté leurs vieilles querelles de leadership au profit de l’intérêt général et parleront d’une seule voix contre la dictature (réf. anniversaire du 18 février 2012 où chaque parti d’opposition avait manifesté chacun de son côté au lieu de marcher ensemble).

Merci à Monsieur Jean-Loup Schaal pour sa ténacité, ses convictions politiques au service de la démocratie à Djibouti, pour sa foi en une justice universelle sans frontière, sans distinction de couleur de peau. Merci à lui pour le combat désintéressé qu’il mène aux côtés des démocrates djiboutiens pour l’avènement de la démocratie, la vraie, à Djibouti.

Hommage à Monsieur Jean-Paul Noël Abdi pour avoir été dix longues années le porte-parole des sans-voix, des pauvres, des opprimés de Balbala, d’Arhiba, d’Ali-Sabieh, de Dikhil, de Tadjourah, d’Arta, d’Obock, de Yoboki, bref de tous les Djiboutiens. Son combat ne sera pas vain. Son esprit reste avec nous, intact, plus que déterminé à renverser cette dictature, à l’effacer de notre histoire parce qu’elle n’aurait pas eu lieu d’être. Nous ne t’oublions pas !

Qunxa Daabalo

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